Miamondo

sorcière

  • La dame blanche de la forêt de Ragounite

    L'été dernier, il faisait très chaud sur la côte vendéenne. Alors que nous étions en vadrouille du côté de Jard-sur-Mer, nous avons fait une rencontre glaçante.

    À la recherche d’une plage où poser nos serviettes, nous nous sommes quelque peu égarés et sans prévenir, le moteur de notre voiture s'est mis à toussoter avant de caler aux abords de la plage de Ragounite.

     

    Plage de Ragounite

     

    Ragounite…Quel nom étrange! Aussi loin que portait notre regard, il n’y avait pas âme qui vive. Pas d’enfants s’égayant sur la plage. Comment diable était-ce possible, en ce début de mois de Juillet?

     

    Plage de Ragounite

     

    Tout semblait figé… L’océan était silencieux, la chaleur accablante.  Et cette voiture qui ne voulait plus démarrer! Ces voyants qui restaient désespérément éteints… Dans quelle mystérieuse dimension avions-nous chu? Nous nous résignâmes à abandonner notre véhicule devenu un four. Il faisait une chaleur abominable. Je pris mon sac à dos, deux bouteilles d’eau et nous nous enfoncâmes dans les entrailles de cette forêt qui nous tendait les branches.

     

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    Arbres torturés

     

    Nous marchâmes une bonne demi-heure sans croiser âme qui vive, au milieu de souches ressemblant à des monstres aliens. Les arbres aux branches tordues n’étaient que souffrance.

     

    Alien végétal

     

    Nous arrivâmes à un embranchement où un banc semblait nous attendre. Il était décoré de petites fleurs et portait cette mystérieuse inscription :

    Tu n’es pas là et je pense à toi. J’ai tes yeux en face des miens.

     

    banc possédé

     

    banc ensorcelé

     

    Nous n’osâmes nous asseoir. Nous préférâmes continuer notre chemin tandis que petit à petit, l’angoisse nous gagnait à l’idée d’être prisonniers de cette forêt sinistre sans plus jamais pouvoir en réchapper.

     

    mystérieuse cabane

     

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    C’est alors que nous l’aperçûmes, aux abords de cette cabane faite de grosses branches que les tempêtes avaient arrachées. Toute de blanc vêtue, à l’exception de son t-shirt rose bonbon et de sa longue jupe noire, elle nous fixait de son regard hypnotique. Sa bouche n’était qu’un rictus informe, ses dents des chicots noircis. Elle avança lentement dans notre direction en nous tendant ses bras qui se résumaient à deux moignons couverts de pus. Elle semblait flotter à quelques centimètres du sol.

    Ma raison vacilla. Je me retournai vers mon amie et m’écriai : “Tu fais ce que tu veux! Moi, j’me casse!” N’écoutant que mon courage, je pris mes jambes à mon cou et je détalai comme un petit lapin.

    Mais ma fuite était vaine… La dame blanche qui flottait au-dessus du sol, tel un hydroglisseur, gagnait du terrain. Je l’entendais de plus en plus distinctement qui me hélait de sa voix d’outre-tombe, en invoquant le nom de je ne sais quel démon.

    "Laaah-pi'nou..."

    "Laaah-pi'nou..."

    "Laaah-pi'nou..."

    "Laaah-pi'nou..."

    “Mon lapinou”! Mon lapinou!"

    “Hein! quoi? qui?”

    “On y va, mon lapinou?”

    “Aaaahh! Pitié! Laissez-moi tranquille! Espèce de monstre! Au secours! Au secours!”

    “Non mais ça va pas la tête! Qu’est-ce qu'il te prend? C’est le soleil qui te tape sur le système? La prochaine fois, tu prendras un chapeau!”

    “Elle est où la vieille?”

    “Bon, allez! Ça suffit comme ça, on y va! Ça fait deux heures qu’on est sur cette plage, étalés sur nos serviettes. Moi, j’ai chaud! Le sable est brûlant et en plus tu ronfles. Tout le monde nous regarde. Tu fais ce que tu veux! Moi je me casse…”

    “Attends-moi, pupuce…”