Miamondo

Politique

  • Peut-on rêver d'un nouveau monde sous licence libre?

    Bonjour,

    La révolution française, porteuse de valeurs à destinée universelle, est née en Islande, au coeur des cratères du Laki. Voici à quoi ressemble son berceau de nos jours:

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    Oui... La prise de la Bastille fut la conséquence ultime d'un phénomène géologique catastrophique, une éruption de lave et de cendres toxiques qui tua 25 % de la population islandaise avant de s'attaquer au continent européen. Ce n'est pas un invisible virus qui envoya l'ancien régime au tapis, mais une armée de particules à l'origine d'un dérèglement climatique de grande ampleur. Cela s'est passé en 1783 et ce traumatisme écologique engendra un été anormalement chaud, suivi de plusieurs hivers particulièrement rigoureux. Dans le Royaume de France, affamés et n'ayant plus rien à perdre, les "gens qui ne sont rien" prirent leurs faux pour les emmancher droit. On connait la suite...

    Mais moi ce qui m'intéresse, c'est un événement mineur que l'histoire n'a pas retenu: L'abolition de la commission des péages en 1790. Cette agence était, je cite Wikipédia, "chargée de contrôler la validité de tous les droits et péages sur les routes et rivières navigables". Peut-être s'était-elle également donnée pour mission de s'en foutre plein les poches. Allez savoir! En tout cas, elle ne manquait pas de travail puisqu'à cette époque, les péages pullulaient. La conséquence de ce racket organisé était une pauvreté des déplacements et bien évidemment des échanges commerciaux réduits à la portion congrue. Les gueux payaient des impôts deux fois: pour construire les routes et pour avoir le droit de s'y déplacer. C'est-à-dire que LEUR réseau routier ne leur appartenait pas. Eh bien, on peut  faire le parallèle avec les logiciels privatifs. Prenons le cas d'Apple. Cette société, bien pire que Microsoft, ne confère même pas l'accès au BIOS à celui ou celle qui a acheté l'un de ses produits!

    Lequel ou laquelle d'entre vous a déjà acheté une voiture avec un capot soudé pour l'empêcher d'accéder au moteur? Connaissez-vous dans votre entourage un/e abruti/e ayant acheté une maison avec une clause contractuelle précisant qu'il ou elle n'a pas le droit de se lancer dans le moindre chantier de rénovation pour rendre la bicoque conforme à ses goûts personnels? Moi, je n'en connais pas... Cela dit, chaque contribuable s'acquitte docilement de la taxe d'habitation qui, comme son nom l'indique, l'autorise à habiter dans le bien qu'il a acheté ou qu'il loue à fonds perdus. Elle vient s'ajouter à la taxe sur les ordures ménagères (qui, elle, me semble justifiée), et à la taxe foncière qui autorise le vilain à vivre sur le terrain qu'il a acheté et où est bâtie la maison dans laquelle il a le droit d'habiter grâce à la taxe d'habitation. Oui... Dit comme ça, ça parait dingue.

    Je reviens à mon histoire de péages. Aujourd'hui, à l'exception des autoroutes et de quelques ouvrages d'art particuliers, tout le réseau routier est gratuit et libre d'accès. Vous pouvez vous y déplacer comme bon vous semble, moyennant le respect de certaines règles garantissant la sécurité d'autrui. D'une certaine manière, le réseau routier est sous licence libre, et il ne viendrait à personne l'idée saugrenue d'établir des péages à chaque rond-point! Pourquoi? parce que les échanges commerciaux s'en trouveraient fortement impactés et le reste de l'économie avec. Donc, la licence libre est un gage de progrès et de développement dans la mesure où, bien entendu, elle est encadré par des lois garantissant la protection du travailleur et de son environnement naturel. Et de fait, on le remarque avec Linux et les logiciels libres: ladite licence n'a jamais freiné le développement de ces produits ni menacé leur existence. En fait, c'est curieux mais un logiciel libre est un logiciel qui appartient pleinement à son propriétaire. Par conséquent, c'est un logiciel que l'on pourrait qualifier de propriétaire, tandis que les logiciels que l'on qualifie actuellement de propriétaires sont des logiciels privatifs puisqu'ils nous privent de notre liberté d'en jouir comme bon nous semble. Quiconque achète un Mac dans un Apple store, repart avec un produit sous le bras qui ne lui appartient pas complètement, et dont il ignore la composition exacte. C'est un peu commes les fricadelles...

    Bref, on voit bien que les avantages de la licence libre l'emportent sur les inconvénients. Elle ne bride pas les initiatives. Elle n'étouffe personne. Elle est transparente. C'est la raison pour laquelle je suis porté à croire que sa généralisation aurait sans doute un impact positif sur tous les aspects de notre vie sociale. Il faudrait toutefois qu'elle soit mise en application dans un cadre garantissant le respect de la liberté d'autrui, car ce qu'on nomme Liberté, c'est le respect des lois que le peuple souverain s'est donné à lui-même

    Pourquoi alors ne pas instaurer la gratuité de tous les moyens de transports collectifs (bus, trains...)? Certains me diront qu'il faut que je revienne sur Terre, qu'une telle initiative est irréalisable. Je leur rétorque que l'abolition de la commission des péages sous l'ancien régime, était également irréalisable, sous prétexte qu'il n'y avait "pas d'argent magique". Pourtant, en 1790, les révolutionnaires l'ont fait disparaître! Et je ne crois pas qu'à cette époque, José Garcimore eût été le ministre des Transports. L'argent est là, concentré dans quelques griffes. Mieux le répartir n'est qu'une histoire de courage politique.

    Il existe aussi un autre domaine qui pourrait relever de la licence libre: le droit de travailler comme bon nous semble. Cela passe par l'instauration d'un revenu universel versé à chacun/e d'entre nous. Croyez-vous vraiment que cette allocation universelle ferait de nous des larves passant leurs journées à jouer à la console, au fond d'un canapé rempli de gousses de cacahouètes? Moi, je suis persuadé du contraire. Elle nous enlèverait le stress de devoir travailler pour survivre. Elle nous libérerait de ce que j'appelle la dictature industrielle et permettrait à chacun d'entre nous de se lancer dans des projets personnels qui seraient générateurs de richesses. Et quand je dis "richesse", je ne pense pas forcément à l'argent. Quelqu'un qui déciderait de se lancer dans le maraîchage bio et qui distribuerait une partie de ses légumes gratuitement à la communauté, créerait lui aussi de la richesse et du lien social.

    Celles et ceux qui ont appris un métier manuel, comme par exemple les ébénistes, et qui dans une entreprise industrielle, ne peuvent s'épanouir pleinement du fait de la structure même du travail, pourrait enfin s'affranchir et prendre le temps de se lancer dans des réalisations toutes personnelles, des meubles finement ciselés pour eux-mêmes ou pour les autres... des meubles dont les plans seraient sous licence libre. Les mots artisan et artiste ont tous les deux sept lettres et en partagent cinq. Ils ont la même origine étymologique et la même vocation: celle d'engendrer des oeuvres pérennes. Le Beau est aussi ce qui manque à ce monde.

    La culture libre peut très bien choisir de se cantonner aux logiciels et de mener sa petite vie tranquille, à l'écart des malheurs qui frappent l'humanité. Elle peut aussi se donner d'autres ambitions et contribuer à la genèse d'un nouveau monde. Mais elle ne le fera pas sans celles et ceux qui adhèrent à sa Weltanschauung.  Elle ne le fera pas si nous ne réussissons pas à nous libérer de nos peurs.

  • Ébauche du nouveau monde (vision personnelle et iconoclaste)

    Bonjour,

    Étant donné que ce blog s'appelle Miamondo (ce qui signifie Mon monde en espéranto), je me suis dit que je devais partager avec vous, chères lectrices, ma vision du nouveau monde tel que je l'imagine dans l'idéal. Je préfère vous prévenir, c'est très iconoclaste! Comme il faut bien faire un choix et que je n'aime pas l'écriture inclusive, j'ai décidé d'écrire ce texte en utilisant comme genre neutre, non pas le genre masculin comme il est d'usage, mais le genre féminin! Ne soyez donc pas surprises par ce choix qui peut paraître déroutant au premier abord.

    Bonne lecture et n'hésitez pas à partager et/ou à proposer des améliorations.

    1. Organisation politique

    1.1. Communes

    En remplacement du système politique et économique qui n’est plus reconnu comme autorité légitime dans les frontières actuelles de la République Française, des "communes" comprises entre cinq cents et mille citoyennes sont établies. Ces communes sont libres de se fédérer entre elles.

    1.2. Chapitre communal et déléguées

    Chaque commune est administrée par un chapitre formé de déléguées dont le nombre est compris entre six et douze. Les déléguées sont désignées tous les cinq ans par tirage au sort. Le chapitre doit obligatoirement compter une déléguée mineure dont l'âge est compris entre huit et dix-huit ans, et une déléguée seniore âgée d'au moins soixante ans. Sauf cas de force majeure (maladie ou handicap entraînant une incapacité permanente), il n’est pas possible de décliner le mandat. Les déléguées ne peuvent effectuer qu’un seul mandat dans toute leur vie. Cette règle est établie dans le but d’éviter toute addiction au pouvoir et à l’argent, source de corruption.

    1.3. Attributions de la médiatrice des débats

    En son sein, le chapitre désigne par tirage au sort, une médiatrice des débats dont la durée du mandat est d'un an. Son rôle se limite à l'organisation et à la bonne tenue des débats du chapitre. Elle guide et coordonne ces derniers mais elle n'est pas autorisée à arbitrer un désaccord. Elle est également la garante des règles de respect et de politesse concernant la prise de parole. À l'issue de cette mission, la médiatrice redevient déléguée et ne peut pas être désignée pour un second mandat. 

    1.4. Propositions et lois

    Toute proposition du chapitre doit être approuvée à l’unanimité pour valoir force de loi. Le référendum est interdit. L'autorité politique de la République Française n'est plus reconnue. La France devient une confédération culturelle regroupant des communes ayant la langue et la culture française en partage. Chaque commune est libre d'adhérer à la confédération culturelle française.

    Pour des raisons uniquement géographiques (par exemple, pouvoir situer plus facilement une commune sur une carte), les noms des régions et des départements peuvent être conservés mais ces derniers perdent toute prérogative politique. Les seuls échelons administratifs sont la commune et la fédération de communes.

    1.5. Langues

    Les communes sont libres de se doter d'une langue officielle. L'espéranto, enseigné dès l'école maternelle, devra être privilégié dans les échanges économiques et culturelles entre communes ne partageant pas la même langue. En dehors de ce contexte, il ne sera pas utilisé et ne devra jamais remplacer la langue vernaculaire ou véhiculaire.

    2. Société

    2.1. Disparition des genres

    Les genres féminin, masculin et trans ne sont plus mentionnés sur les actes d'état civil. Ils subsistent dans la langue française mais toute personne est libre de faire usage du pronom de son choix. L'absence de genres reconnus par la loi entraîne de facto la disparition de la notion d'orientation sexuelle.

    2.2. Égalité

    Tous les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en droits. Toutes les actions communales devront être guidées par le principe trinitaire et universel de Liberté, Égalité, Fraternité, hérité de l'ancienne République Française.

    2.3. Peine de mort

    Toute vie est sacrée. La peine de mort est interdite.

    2.4 préservation de la vie

    L'avortement n'est autorisé qu'en cas de mise en danger physique ou psychique de la mère. La décision d'y recourir devra être prise par un collège médical, au cas par cas et dans le respect de la vie humaine. Cette acte grave ne peut être considéré comme un moyen ultime de contraception.

    L'eugénisme, qui trouve son origine dans l'idéologie national-socialiste, est interdit.

    2.5. Adoption, gestation pour autrui et procréation médicalement assistée

    Contrairement à ce qui était en vigueur dans l'ancien monde, l'être humain ne peut pas être assimilé à une marchandise. Par conséquent, la gestation pour autrui est interdite. La procréation médicalement assistée n'est autorisée que dans le cas où un problème de fertilité empêche un couple de procréer. L'adoption par une célibataire ou par un couple quel qu'il soit, est autorisée sans restriction.

    3. Ordre public

    3.1. Garde communale

    Le respect des lois que les citoyennes de la commune se sont données, est l’essence même de la liberté. À ce titre, au sein de chaque commune, il est créé une garde. Il s’agit d’un corps de police non armé, chargé de convertir les conflits en instaurant les conditions d’un dialogue pacifique. La garde est également chargée de faire appliquer les lois relatives au respect des biens et des personnes. Les gardiennes sont désignées par tirage au sort, pour une durée d’un an et sauf cas de force majeure, elles ne peuvent refuser le service.

    3.2. Application des peines

    Toute peine s’effectue en travaux d’intérêts généraux. L’incarcération est exceptionnelle et n'est réservée qu'aux personnes représentant un danger pour elles-même ou pour autrui. Elle va forcément de pair avec un suivi psychiatrique. L'incarcération est levée dès que le processus de conversion pacifique a suffisamment transformé la personne pour que celle-ci soit libérée et puisse effectuer son temps de réparation.

    4. Alimentation

    4.1. Création de deux départements (maraîchage biologique, chasse et élevage)

    Toute citoyenne a droit à une alimentation saine et équilibrée. Le chapitre veille à ce que l'autonomie alimentaire soit assurée, dans le respect des normes de qualité et de sécurité. À ce titre, il est créé dans chaque commune un département de maraîchage biologique ainsi qu'un département de chasse et d'élevage respectueux du bien être des animaux. Les abattoirs industriels sont interdits. Toute mise à mort d'un animal doit épargner à ce dernier, douleurs et souffrances inutiles. En outre, elle devra respecter un rite oecuménique dont la forme est à définir par la ministre du culte et de la philosophie.

    4.2. Contribution citoyenne

    À côté du personnel permanent affecté à ces deux départements, toute citoyenne se doit de prêter main forte si le besoin s'en fait sentir.

    4.3. Consommation de viande

    Qu’elle soit issue de l’élevage ou de la chasse, la consommation de viande ne doit pas dépasser trois cents grammes par personne et par semaine.

    5. Gestion des déchets

    Tout gaspillage doit être prohibé. À ce titre, et dans l'objectif de préserver l’environnement, la collecte, le tri des ordures et leur revalorisation est assuré à tour de rôle par toutes les citoyennes valides de la commune, sans aucune exception.

    Tout ce qui peut être réparé le sera.

    6. Système d’échange de biens et services

    6.1. Création d'une banque communale

    Chaque commune est libre de mettre en place son propre système d’échange de biens et services. Celui-ci sera géré par une banque communale libre de se fédérer avec d’autres banques. 

    Les finances sont transparentes et les livres de compte accessibles à tout moment et à toute citoyenne qui en fait la demande.

    6.2. Interdiction du prêt à intérêt

    Le prêt à intérêt est interdit. Si une personne veut s’acheter un bien d’une valeur donnée dans le système d’échange communal, et qu’elle ne possède pas les fonds nécessaires à la transaction, elle peut s’adresser à la banque communale qui achètera le bien en question avant de lui revendre avec un bénéfice.

    6.3. Revenu universel

    Le revenu universel est versé à toute citoyenne majeure (18 ans). Il est lié à la qualification professionnelle de cette dernière mais le plus haut revenu universel ne doit pas être supérieur à trois fois le revenu de base.

    6.4. Entreprises artisanales

    L'industrie, qui a conduit l'ancien monde à sa perte et qui a généré une misère humaine effroyable, est interdite. Seul l'artisanat est autorisé. Toute citoyenne est libre de lancer une nouvelle activité artisanale à partir du moment où elle reçoit l'approbation du chapitre. Cela dit, l'entreprise appartiendra à la commune. Les entreprises privées sont interdites. 

    7. Religion

    Toute personne est libre de pratiquer sa foi sans être inquiétée, tant que celle-ci ne s’avère pas aliénante et qu’elle n’empiète pas sur la liberté d’autrui. Toute personne est libre de changer de religion ou de se déclarer non croyante.

    La gardienne des pratiques religieuses et philosophiques est la ministre des cultes et de la philosophie.

    En cas de présence de plusieurs traditions religieuses au sein d’une commune, il sera créé un conseil oecuménique dont les déléguées seront tirées au sort. Ce conseil, ouvert également à celles qui n’ont pas la foi, sera en charge du dialogue interreligieux et de l’organisation des rencontres et cérémonies oecuméniques. 

    8. Sport

    Le sport ne peut être perçu que comme une activité de bien-être. À ce titre, sa pratique sera encouragée dès l'enfance et tout au long de la vie.

    Le sport professionnel est strictement interdit. Les compétitions sportives qui encouragent le chauvinisme, sont interdites. Il ne peut y avoir d'équipe de football communale par exemple.

    Les sports collectifs sont autorisés mais toujours dans une optique de bien-être et de fraternité.

    9. Promotion de la beauté et de la philosophie

    Considérant que les citoyennes de l'ancien monde ont souffert de vivre dans des environnements laids et dégradés, chaque commune devra faire en sorte que toute construction ou toute activité soit guidée par un impératif de beauté.

    Les activités artistiques tiendront une place importante à l'école.

    La philosophie sera également enseignée tout au long du temps de scolarité obligatoire.  

     

    Ébauche publiée sous licence libre CC-BY-SA (attribution, partage dans les mêmes conditions).

    Toute personne est libre de modifier ce texte et de le republier en respectant la licence.

     

  • Le jour où notre planète s'est révoltée

    Il n'y a rien de surnaturel dans cette pandémie de Covid-19. Au contraire, tout a été froidement calculé et préparé. Il ne s'agit pas d'une guerre qui a été déclarée contre l'espèce humaine, mais d'une contre-offensive qui s'inscrit dans un acte de légitime défense. Je ne crois ni en la théorie du virus échappé d'un laboratoire chinois ou américain, ni en la théorie du virus introduit par Dieu. Cela dit, j'ai le sentiment que pour une raison qui échappe à notre entendement, nous vivons déjà confiné(e)s dans une sorte de forteresse de l'espace-temps. À l'intérieur de celle-ci, conformément à la volonté de Dieu, nous sommes libres et par conséquent responsables de tous nos actes. Ce qui nous échappe, c'est la raison de notre confinement. Mais lorsque ce mystère sera levé, nous accéderons à l'éternité, c'est-à-dire à la vie hors de l'espace-temps.

    En attendant ce jour, notre magnifique cellule s'appelle la Terre, troisième planète du système solaire. C'est elle qui nous porte et qui assure notre subsistance. Nous ne manquons de rien. C'est un lieu merveilleux dont la beauté nous permet de supporter notre réclusion. Et pourtant, cela ne nous suffit pas. Nous n'avons pas pris conscience du fait que nos conditions d'incarcération sont exceptionnelles. Nous aurions pu être jeté(e)s dans un cachot humide, sans lumière et sans chaleur. Au lieu de cela, nous vivons à la surface d'un astre où la faune et la flore sont d'une richesse infinie.

    L'avènement de la civilisation industrielle  a précédé de peu notre entrée dans l'âge du polymère. Cet événement a marqué le début d'une guerre contre notre planète et l'écosystème qu'elle porte, une "drôle de guerre" que nous n'avons jamais déclarée et dont les générations qui nous ont précédés, n'avaient pas pris la mesure. Aujourd'hui, cette ignorance n'est plus de mise. Depuis au moins deux décennies, nous savons que nous infligeons des dégâts considérables à notre écosystème. Nous discernons que le capitalisme financier va détruire notre monde et tout ce qu'il porte. Continuer à exploiter les ressources comme si de rien n'était, s'apparente à un crime contre l'humanité car nous condamnons nos descendants.

    Le Covid-19 arrive à point nommé pour paralyser notre système. Contrairement à la supergrippe du Fléau, le roman de Stephen King, le coronavirus ne tue pas 99,4 % de l'espèce humaine, mais son imprévisibilité (symptômes bénins ou insuffisance respiratoire nécessitant une ventilation artificielle) provoque un sentiment de grand désarroi. Quel sera mon sort si je suis contaminé? Est-ce que je n'aurai aucun symptôme, ou bien vais-je mourir seul dans une chambre d'hôpital, branché à un respirateur?

    Qui a conçu ce virus? Si ce n'est ni Dieu ni l'être humain, est-ce que ce pourrait être notre planète? Peut-on concevoir que cette dernière soit un organisme vivant doué d'intelligence? C'est une question qui me taraude depuis plusieurs années. Suis-je le seul à me la poser? Je me demande si dans les tréfonds mystérieux de la Terre, bien en deçà du manteau extérieur, le noyau ne renfermerait pas un immense cerveau capable de mettre en mouvement cette architecture sphérique d'une extrême complexité et de réguler d'éventuels dysfonctionnements. Or, comme je l'ai dit dans un paragraphe précédent, il se trouve que le capitalisme financier a provoqué un déséquilibre majeur susceptible à très court terme, de transformer la Terre en astre stérile. On peut dès lors très bien s'imaginer que le système immunitaire de notre planète ait déclenché un mécanisme d'autodéfense afin d'éliminer les métastases humaines qui la ronge. Pour nous, le Covid-19 est un virus. Mais pour notre planète, il s'agit sans doute d'un traitement. Du reste, le terme Covid-19 ressemble plus à un nom de médicament qu'à celui d'un virus.

    Compte tenu du taux de létalité du virus, il ne me semble pas que notre planète se soit fixée comme objectif de nous éradiquer. Il s'agit plutôt de nous forcer à nous arrêter, pour que nous prenions conscience de notre folie suicidaire. Et cette stratégie fonctionne. La pollution s'estompe avec une telle rapidité que pour la première fois depuis 30 ans, l'Himalaya est visible à deux cents kilomètres. Comment croire qu'il s'agit d'un simple hasard lorsque 2019 a été l'année où nous avons véritablement pris conscience du degré de destructions infligées à notre environnement, sans que nos gouvernements osent mettre un terme à cet écocide? Quel chef d'état aurait eu l'audace de dire un beau matin: "Stop! À partir d'aujourd'hui vous avez quartier libre. J'ai décidé d'arrêter les usines jusqu'à nouvel ordre. Seuls les biens nécessaires à notre subsistance continueront d'être produits. J'inaugure une nouvelle ère, celle de la décroissance." Celui ou celle qui aurait osé prendre cette décision aurait été immédiatement destitué(e) et interné(e) en hôpital psychiatrique.

    Dans les livres d'histoire, on se souviendra que c'est un organisme invisible à l'oeil nu qui a mis l'humanité au tapis. On se souviendra qu'en Mars 2020, la Terre s'est révoltée et nous a envoyé non pas son fils mais un virus.

    Texte achevé le 12 avril 2020, jour de Pâques qui célèbre chez les chrétiens, la résurrection du Christ.   

  • Massoud l'insoumis

    Bonjour,

    L'été dernier, à la faveur d’un déplacement professionnel dans le sud de la France, j’ai découvert dans la modeste bibliothèque de l’hôtel où je logeais, un livre que j’ai dévoré d’une seule traite et qui m’a bouleversé.

    Écrit en 2004 par le Général Philippe Morillon, ce témoignage s’intitule Le testament de Massoud. Il décrit la profonde amitié qui, au-delà de la mort, lie l’auteur avec celui qui était surnommé le Lion du Panshir, je veux parler bien sûr du Commandant Ahmed Chah Massoud.

    Assassiné par un commando kamikaze à la solde d’Al Qaïda le 9 septembre 2001 soit deux jours avant l’attaque sur les tours du World trade Center, cet homme d’une grande élégance, partisan d’un islam éclairé et libre, favorable à une stricte égalité homme-femme, a toujours combattu  les extrémismes qui ont tenté d’asservir son pays, l’Afghanistan. Ni la redoutable Armée Rouge ni les Talibans ne sont parvenus à vaincre les troupes de l’Alliance du Nord commandé par ce fin stratège. Le Panshir n’a jamais été asservi et encore aujourd’hui, cette magnifique vallée constitue un hâvre de paix dans un pays ravagé par quarante ans de guerre. 

    L’auteur, Philippe Morillon, est allé à la rencontre de Massoud l’Afghan. C’est l’histoire de deux militaires, un chrétien catholique et un musulman, tous deux profondément habités par leur foi respective qui ne peut se concevoir sans une adhésion libre et éclairée. Si je devais ne retenir qu’un passage de ce livre, ce serait celui-ci :

    Frères, nous le sommes aussi par la foi partagée en un dieu clément et miséricordieux, c’est-à-dire plein d’indulgence pour ses créatures qu’il a voulu partenaires de son amour, et non simples instruments de sa gloire. Il n’y a pas d’amour sans la liberté fondamentale d’accepter ou de refuser l’autre. Dieu a pris le risque de donner à l’homme la liberté de lui dire “non”. Il ne peut pas nous forcer(…). Le chrétien que je suis, et Massoud le musulman, ont cette conviction commune : dans l’Évangile, le Christ est venu apporter la paix au monde ; dans le Coran, la paix est l’un des noms de Dieu. “Dieu n’a pas voulu autre chose que la liberté, face à tous les intégrismes”, me dit Massoud. 

    Ce livre raconte aussi l’histoire d’un visionnaire lâchement abandonné par toutes les chancelleries occidentales qui n’ont pas voulu entendre ses mises en garde contre l’islamisme radical, ce “nid de frelons”, comme il disait.  Le Lion du Panshir a dit en substance ceci : Si vous ne m’aidez pas à poursuivre mon combat contre cette idéologie mortifère, alors ce ne sera plus seulement le problème de l’Afghanistan mais également votre problème à vous les Occidentaux.

    Les attentats sur les tours du World Trade Center, l’avènement de l’État Islamique et le massacre perpétré en plein coeur de Paris en Novembre 2015 lui ont malheureusement donné raison. 

    En 2001, quelques mois avant son assassinat, le Général Morillon et Nicole Fontaine, Présidente du Parlement Européen, ont eu le courage d’offrir à cet homme, une tribune à Strasbourg, pour lui permettre de convaincre de la justesse de son combat. Quelques jours plus tôt, après avoir atterri à Paris, ni le Président de la République Française, ni le falot Premier ministre d’alors, n’ont daigné le recevoir. Il ne fallait pas froisser le pouvoir taliban en place à Kaboul.

    Ce livre raconte aussi les interrogations de ces deux militaires qui se demandent sans cesse si leur foi, chrétienne ou musulmane, n’entre pas en contradiction avec le métier des armes. De fait, a-t-on le droit de tuer pour des idées? Qu’est-ce qu’une guerre juste? 

    Je me souviens que le sujet de philosophie que j’avais choisi au baccalauréat était celui-ci :

    Violence et vérité sont-elles nécessairement incompatibles?

    Il m’avait beaucoup inspiré… Mais qu’est-ce que la vérité? Est-ce qu’il y a sur cette planète, un seul être humain qui puisse affirmer la détenir? Bien sûr que non… Par conséquent, il n’est pas concevable qu’une guerre soit autre chose que le résultat d’une intime conviction de légitime défense. Le doute ne doit jamais nous quitter. Dans son livre, le Général Philippe morillon raconte que le Commandant Massoud tenait à ce que les prisonniers de guerre, bien que totalement fanatisés, soient bien traités. Cela rejoint l’article 7 du code d’honneur du Légionnaire qui dit ceci :

     Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n’abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.

    Je n’ai pas honte de le dire, ce livre de militaire, plein d’humanité, car hanté par le doute et les regrets, m’a ému jusqu’aux larmes.  Massoud, cet homme abandonné de tous, qui s’est battu seul avec ses troupes de l’Alliance du Nord contre les fanatismes communiste et islamiste, est devenu une figure vénérée en Afghanistan. J’ose croire qu’après avoir été le repaire du fanatisme, ce pays à la beauté magnétique deviendra le terreau d’un islam modéré et libre.

     

  • Ébauche d'un nouveau système politique et social

    1. Organisation politique

    • En remplacement du système politique et social hérité de l'immédiat après-guerre et qui n’est plus reconnu comme autorité légitime, il est créé des petites communautés locales comprises entre 500 et 1000 personnes, libres de se fédérer entre elles.

    • La République Française, en tant que construction politique, est démantelée, mais elle continue de subsister dans ses frontières actuelles en tant qu'entité culturelle et linguistique.

    • Chaque communauté est administrée par un conseil communautaire compris entre six et douze personnes désignées tous les cinq ans par tirage au sort.

    • Sauf cas de force majeure (maladie, handicap, absence prolongée etc...), il n’est pas possible de décliner le mandat.

    • La désignation par tirage au sort supprime de fait la parité homme/femme qui est une discrimination positive inégalitaire voire ségrégationniste puisqu’elle est basée sur une particularité physique.

    • Ces conseillers ne peuvent effectuer qu’un seul mandat dans toute leur vie, ceci afin d’éviter toute addiction au pouvoir et à l’argent, source de corruption.

    • En son sein, le conseil communautaire désigne un coordonnateur par tirage au sort et pour un mandat d’une année. Celui-ci ne peut pas être désigné pour un second mandat. Il redevient simple conseiller.

    • Les décisions du conseil communautaire doivent être approuvées à l’unanimité des membres présents.

    • Le référendum est interdit.

    2. Ordre public

    • Le respect des lois que les membres de la communauté se sont données, est l’essence même de la liberté.

    • À ce titre, au sein de chaque communauté, il est créé une garde. Il s’agit d’un corps de police non armé, chargé de convertir les conflits en instaurant les conditions d’un dialogue pacifique. La garde est également chargée de faire apppliquer les lois relatives au respect des biens et des personnes.

    • Les gardiens sont désignés par tirage au sort, pour une durée d’un an et sauf cas de force majeure, ils ne peuvent refuser le service.

    • Toute peine s’effectue en travaux d’intérêts généraux. L’incarcération est exceptionnelle et est réservée aux personnes qui représentent un danger envers elles-même ou envers autrui. Elle est levée dès que le processus de conversion pacifique a sufisamment transformé la personne pour que celle-ci soit libérée et puisse effectuer son temps de réparation.

    3. Alimentation

    • L’alimentation saine des membes de la communauté est assurée par cette dernière.

    • À ce titre, il est créé dans chaque communauté un département de maraîchage biologique et un département d’élevage respectueux du bien être des animaux. Là encore, il revient au conseil communautaire d’organiser ce département de telle sorte que l’autonomie alimentaire soit assurée. À côté du personnel permanent affecté à ces deux départements, tout membre de la communauté se doit de prêter main forte si nécessaire.

    • Qu’elle soit issue de l’élevage ou de la chasse, la consommation de viande ne doit pas dépasser trois cents grammes par personne et par semaine.

    • Tout gaspillage doit être évité. À ce titre, et dans un objectif de sensibilisation à la préservation de l’environnement, la collecte, le tri des ordures et leur revalorisation est assuré à tour de rôle par tous les membres valides de la communauté, sans aucune exception.

    • Tout ce qui peut être réparé le sera.

    4. Système d’échange de biens et services

    • Chaque communauté est libre de mettre en place son propre système d’échange de biens et services. Celui-ci sera géré par une banque communautaire libre de se fédérer avec d’autres banques communautaires.

    • Le prêt à intérêt est interdit. Si une personne veut s’acheter un bien d’une valeur donnée dans le système d’échange local et qu’elle ne possède pas les fonds nécessaires à la transaction, elle peut s’adresser à la banque communautaire qui achètera le bien en question avant de lui revendre avec un bénéfice.

    5. Finances

    • Il appartient à chaque communauté de lever un impôt qui soit juste et modéré. Les finances seront transparentes et les livres de compte accessibles à tout moment et à tout membre de la communauté.

    6. Société

    • À côté des genres féminin et masculin, il est créé un troisième genre pour les personnes présentant une variante physique et/ou psychique par rapport aux deux premiers genres cités.

    • Tous les êtres humains, quel que soit leur genre et leur origine, naissent et demeurent libres et égaux en droits.

    7. Religion

    • Toute personne est libre de pratiquer sa foi sans être inquiétée, tant que celle-ci ne s’avère pas aliénante et qu’elle n’empiète pas sur la liberté d’autrui.

    • Toute personne est libre de changer de religion ou de se déclarer non croyante.

    • En cas de présence de plusieurs traditions religieuses au sein d’une communauté, il sera créé un conseil oecuménique dont les membres seront tirés au sort. Ce conseil, ouvert également à ceux qui n’ont pas la foi, sera en charge du dialogue interreligieux et de l’organisation des rencontres et cérémonies oecuméniques.

    Cette ébauche d’un nouveau système peut être complété par tout un chacun, soit en laissant un commentaire à la suite de l’article, soit en utilisant le formulaire de contact.